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Création été 2010


ORAISON

Une création de Raphaël Imbert avec le Quatuor Manfred (été 2010).

Une ville choisit d’honorer la mémoire de leurs fils morts « pour la France » d’une manière particulière. Plutà´t qu’un monument impersonnel et invisible, elle donne pour chaque rue le nom d’un de ses « poilus » de la Grande Guerre ou d’un héros résistant de celle qui a suivi, se transformant ainsi en un gigantesque mémorial, ou le quotidien rivalise avec le souvenir de la Grande Guerre. Cette ville s’appelle Oraison (Alpes de Haute Provence). Comme une prière, un chant long et intense qui rappelle aux vivants la présence de ceux qui ne sont plus. C’est à cette Oraison de mémoire que nous invite Raphaël Imbert, par la musique qui rend l’émotion plus tenace, et par l’improvisation qui donne à cet instant la vie nécessaire.

Argument par Raphaël Imbert

“Oraison†est un projet palimpseste. Du nécessaire devoir de mémoire auquel j’aspire à participer activement, le nom même de la ville et du projet entend et fait entendre également un évident parallèle avec le travail que j’effectue depuis dix ans sur le spirituel dans la musique et le jazz. L’Oraison, c’est la prière, qui plus est généralement associée à la mémoire des disparus. Ce jeu sémantique que le nom seul de la ville offre à l’artiste arpenteur de ses rues, au citoyen féru de mémoire, au résident intrigué par l’histoire, à l’homme que les disparitions n’ont pas épargnés, un formidable moteur créatif et une passerelle unique vers un monde imaginaire original. Cette ville o๠je réside à un fait un choix, par décision municipale en 1921, unique en France. Elle a décidé de donner aux rues de son agglomération le nom des morts de la guerre, si possible en associant ce baptême à chaque rue dans laquelle avait habitait chaque disparu. Décision unique donc, lourde de conséquence sur le rapport des habitants à leur ville, et qui marque de manière physiquement indélébile l’hécatombe qu’a représentée la première guerre mondiale pour ces régions agricoles et paysannes, qui ont fournies l’essentiel des soldats de seconde classes envoyés en première ligne. Après la deuxième guerre mondiale, décision sera prise de continuer ce mémorial toponymique en honorant les disparus résistants, notamment les fusillés de Signes (83), victimes à Oraison d’une odieuse manipulation de la Milice. Imaginez donc vivre au coeur du monument aux morts ! Et imaginez le rapport spécial à la mémoire qu’ont cultivé les Oraisonnais. Car il est bien plus facile de se rappeler d’une rue ou d’une avenue qui porte le nom d’un illustre personnage ou d’une caractéristique géographique que d’un inconnu, certes un héros, un héros local qui plus est, mais presque un anonyme malgré tout. Telle avenue Abdon Martin (mort pour la France en 1914 dans la Meuse) redevient très souvent l’avenue de la gare, nom commun, ancestral et usuel dont la commodité semble convenir à beaucoup. Quel paradoxe que pour les habitants d’une ville une “place Jean Jaurès†soit plus pratique d’utilisation que celle qui porterait le nom d’un de ses habitants. “Oraison†est donc d’abord un projet sur la mémoire, sur sa perméabilité, sa malléabilité, mais aussi sur sa capacité à provoquer l’émotion, à susciter notre intérêt pour une histoire commune, collective, créant ainsi un lien entre génération intemporel. Avec la “Suite à‰légiaque†(sortie chez Zig Zag Territoires en 2007) j’avais déjà interrogé ma propre mémoire personnelle face aux disparitions qui touchaient mon intimité, “Oraison†sera une forme de réponse plus générale, face à mes questions récurrentes que notre histoire et notre mémoire commune provoquent invariablement. Je suis d’une génération résolument pacifique, conséquence d’une histoire chargée et douloureuse qui ne peut que donner le sens du mépris pour toutes sortes de conflits, nous faire proclamer le “plus jamais ça†, et nous inculquer le devoir de tolérance, malgré tout bien fragile. Mais cette génération a désormais plus de distance que n’en ont eu jamais aucune autre, et elle peut regarder plus sereinement le rà´le qu’ont eu nos ancêtres dans l’édification de ce qui nous constitue, loin de tout militantismes concurrentiels patriotique ou antipatriotique. Encore faut-il faire oeuvre de mémoire, et, par le biais de cette histoire toponymique unique qu’offre cette ville, observer et constater le sacrifice des générations qui nous ont précédées.
Mais je ne peux conclure mon propos sans évoquer l’autre partie essentielle de ce travail. L’évidente occurrence du nom de cette ville vis-à -vis de mon travail sur le spirituel offre désormais une excellente occasion de m’investir en tant que compositeur sur ce sujet. La mémoire est un excellent vecteur d’oraison, et seul ce travail palimpseste peut me donner l’occasion d’exprimer mon rapport à la prière, non religieuse dans ce cas, mais chargée de ce qui constitue ma propre quête sensible, du souffle auquel j’aspire dans chacune de mes actions artistiques.

Raphaël Imbert

Architecture de l’oeuvre

“Oraison†est une oeuvre d’arpenteur, nostalgique d’une époque o๠la réflexion se faisait en marchant. Découvrant les rues de la ville, le compositeur et l’auditeur découvre les particularités toponymiques de la ville et de l’oeuvre. Les rues évoquent la mémoire des disparus morts pour la France, très majoritairement de la guerre 14-18. C’est donc une succession de portrait qui invite l’auditeur à découvrir, par les personnalités qui composent le parcours, une autre manière de ressentir l’histoire et de faire son propre travail de mémoire. à‰videmment, la totalité des 60 soldats Oraisonnais morts lors de la Grande Guerre ne seront pas évoqués. Mais par le choix des personnes évoquées, des portraits tracés, c’est l’hécatombe qui est illustré, les lieux très différents de bataille, de disparitions, d’hà´pitaux qui évoquent l’ampleur d’un conflit qui envoie les enfants d’Oraison dans toute l’Europe, les à¢ges désespérément jeunes de ses victimes. C’est aussi toute l’histoire de cette guerre qui est montrée par le parcours de ces jeunes Oraisonnais mort sur le front, le premier, Alphonse Rolland, mort le 17 aoà »t 1914 à Litz dans l’Oise, à même pas 20 ans, le dernier, Léon Masse, mort dans l’Oise aussi le 11 aoà »t 1918 trois mois avant l’Armistice. L’un, Clément Plane, est mort dans son avion abattu dans les Vosges en 1918. L’autre, Charles Richebois, est mort en mer dans le naufrage du Provence II, en 1916. Les frères Antoine et Auguste Gaubert sont morts lors de cette guerre, l’un dans la Marne en 1914, l’autre dans la Meuse en 1916, laissant imaginer comment certaines familles étaient littéralement décimées par ce conflit. Tous sont originaires ou résidents de cette ville qui honore leur mémoire de manière si explicite, et tous racontent l’histoire de cette guerre, de manière plus intime et proche que ne pourrait le faire sans doute un manuel. Mais ils ne sont pas les seuls à raconter le drame d’un siècle plein de souffrances et de douleurs. Emile Latil, Louis-Martin Bret, André Daumas et d’autres sont les témoins également de l’infà¢me traquenard que la milice a organisé à Oraison le 16 juillet 1944, fusillés à Signes le 18 juillet 1944. En parcourant les rues de la ville, et en observant les portraits qu’en tire l’oeuvre, le promeneur et l’auditeur découvre l’histoire de ce siècle à travers le prisme d’une ville provençale, un village à l’époque, que d’aucuns jugeraient comme les autres.

Mais si les portraits évoqués dans “Oraison†sont nos fenêtres sur l’histoire, d’autres parties intermédiaires ouvrent sur l’avenir, sur l’espoir, sur la tolérance et la fraternité que ces événements ont contribué à rendre indispensable pour nos générations, habituées à la paix comme aucune autre dans notre histoire. Disposée de manière centrale dans la composition, l’Oraison déjà jouée à Marseille le 6 mai 2009 pour Lieu Public, centre national des arts de la rue, dans le cadre de “Sirènes et midi net†, est une prière areligieuse pour toutes les victimes de guerre, et une réflexion sur notre avenir. La “sirène†(celle qui résonne tous les premiers mercredi du mois) évoquant ici tout autant la crainte qu’augure le son immense de sa voix, que la vigilance indispensable pour tous, face à l’oubli, face à la guerre, face au recommencement. Ainsi, c’est tout autant un travail de mémoire qu’une réflexion spirituelle qu’ “Oraison†invoque pour ce projet qui marque une étape importante et indispensable dans le parcours de Raphaël Imbert

“Oraison†sera créé en 2010, et fera l’objet d’un album édité par Zig Zag Territoires

Sources :

- â€ Oraison, origine historique des rues†de Claude Sauve, Office du tourisme d’Oraison.2009

- â€ Le Pays d’Oraison†Alpes de Lumière n°85/86 Christian Blanc


 
 
Casting


Raphaël Imbert
Direction artistique


Quatuor Manfred















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